Rapport du CPI
Rafah – Centre Palestinien d’Information
Dans toutes les guerres, les secouristes restent le dernier refuge pour la vie. Ils sont les premiers à arriver sur les lieux des bombardements, cherchant un pouls qui bat encore, réparant les corps déchirés par les blessures, tentant d’arracher des vies sous les décombres. Mais à Gaza, le secouriste est devenu une cible pour l’occupation sioniste au lieu d’être un sauveur. L’emblème de la Croix-Rouge ou du Croissant-Rouge ne suffit plus à le protéger, et les lois de la guerre ne signifient plus rien face aux canons des fusils et des chars néonazies.
À Rafah, où les massacres s’empilent les uns sur les autres, les équipes médicales et de protection civile étaient en course contre la montre pour sauver les blessés sous les tirs aléatoires, alors qu’une nouvelle incursion commençait dans le quartier de Tal al-Sultan, à l’ouest de Rafah, à l’aube du 23 mars dernier. Mais ils ignoraient que leur mission humanitaire se transformerait en un piège mortel.
14 secouristes et sauveteurs ont perdu la vie après avoir été pris au piège pendant 8 jours, tandis que les bulldozers militaires modifiaient le paysage, ensevelissant les corps sous le sable, comme si l’occupation ne voulait pas seulement les tuer, mais aussi effacer toute trace d’eux.
Le massacre de Rafah : une liquidation sous l’emblème rouge

Le 23 mars dernier, les équipes du Croissant-Rouge palestinien ont reçu un appel de détresse pour secourir des blessés dans le quartier d’Al-Hashashin à Rafah. Les secouristes se sont déployés, conscients du danger, mais sans imaginer que ce serait leur dernier appel. Avant même d’arriver sur place, les forces d’occupation ont ouvert le feu sur eux, faisant immédiatement disparaître neuf secouristes. Une autre équipe de la protection civile s’est alors précipitée pour les secourir, mais elle est tombée dans le viseur sioniste, perdant à son tour le contact.
Après cinq jours de disparition, les secouristes ont pu accéder à la zone et retrouver Anwar Abdel Hamid Al-Attar, commandant de l’équipe de sauvetage de la protection civile, dont il ne restait que des lambeaux de corps. Ils ont alors découvert l’ampleur du drame : des ambulances détruites par les forces d’occupation, et aucun moyen de retrouver les autres disparus.
Quand les ambulances ne sont plus que des tas de ferraille calcinée

Sur la scène du crime, il ne restait que des corps déchiquetés et des ambulances entièrement brûlées, transformées en blocs de métal méconnaissables. Parmi les victimes figurait le commandant Anwar Abdel Hamid Al-Attar, dont seuls des restes mutilés ont été retrouvés.
Au matin du premier jour de l’Aïd al-Fitr, une équipe du Croissant-Rouge, d’OCHA et du Comité international de la Croix-Rouge a pu accéder à la zone et récupérer les corps de 14 martyrs, dont 8 du Croissant-Rouge et les autres de la protection civile, tandis qu’un neuvième secouriste du Croissant-Rouge reste porté disparu, avec des craintes qu’il ait été arrêté.
« Nous ne les avons retrouvés qu’une fois leurs corps déjà en décomposition », a raconté un secouriste. Leurs cadavres étaient ensevelis sous le sable, leurs équipements médicaux éparpillés, une scène qui révèle non seulement leur ciblage délibéré, mais aussi une tentative d’effacer les preuves du crime.
Selon le ministère de la Santé, les corps de 8 secouristes ont été exhumés après des jours de disparition, certains ligotés et portant des impacts de balles dans la poitrine, enterrés dans une fosse profonde pour éviter toute identification.
Cibler les secouristes : une politique systématique ou une exception ?
Ce qui s’est passé à Rafah n’est pas un incident isolé, mais fait partie d’une politique sioniste de longue date contre les personnels médicaux en Palestine. Depuis le début de l’agression sur Gaza, des ONG ont documenté le ciblage de dizaines de secouristes : plus de 1 000 membres du personnel médical ont été tués et plus de 120 ambulances détruites, dans des attaques directes ou indirectes.

L’un des épisodes les plus horribles remonte à novembre dernier, lorsque l’entité sioniste a bombardé l’hôpital Al-Shifa, détruisant ses services et tuant des dizaines de patients et soignants. Ce n’était pas la première frappe, mais elle a confirmé que l’occupation ne reconnaît aucune immunité pour les infrastructures médicales, ni aucun droit protégeant médecins et secouristes.
Même les hôpitaux de campagne, qui opéraient sous les décombres, n’ont pas été épargnés. Médecins Sans Frontières a rapporté que ses équipes ont été directement prises pour cible à plusieurs reprises, en violation flagrante des conventions internationales.
Des crimes impunis… et un silence international honteux
Pire que le ciblage des personnels médicaux, c’est l’absence de réaction internationale pour stopper ces violations. Bien que le droit humanitaire et les Conventions de Genève protègent clairement les soignants en temps de guerre, l’entité sioniste continue de les tuer en toute impunité.
Le Croissant-Rouge palestinien a envoyé des dizaines d’appels à l’ONU et au CICR, mais les réponses se limitent à des condamnations verbales, tandis que les crimes se poursuivent.

Où pouvons-nous être en sécurité ?
C’est par cette question qu’un membre de la protection civile a conclu son témoignage après avoir retrouvé ses collègues morts. À Gaza, il n’y a plus de zones sûres, plus de lignes rouges, plus même de couloirs humanitaires. Quand le secouriste est une cible, l’hôpital une bombe à retardement et l’ambulance un objectif militaire, la guerre a franchi toutes les limites morales et humaines.
Pourtant, malgré tout, les équipes médicales et de protection civile à Gaza continuent leur travail, tentant de sauver ceux qui restent, même au prix de leur vie.
Source : CPI
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